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Hydrogène vert dans le transport lourd et l’industrie : sommes-nous prêts ?

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Jean-Philippe

Directeur Général d'Enez Solutions

Parmi les énergies renouvelables dont on parle beaucoup en ce moment, il y a “l’hydrogène vert”. Un hydrogène produit sans dégager de gaz à effet de serre. Avec des processus de production et d’utilisation multiples, la molécule particulièrement convoitée dans le monde du transport et de l’industrie fait toujours débat.

Ces dernières années, il truste les discussions sur les innovations écologiques. L’hydrogène vert. Avant toute chose, un rappel sur ce qu’est l’hydrogène s’impose. L’hydrogène, symbole H, n° atomique 1, est un vecteur énergétique léger. C’est-à-dire qu’il est capable de transporter de l’énergie d’un point A à un point B. Parce que l’hydrogène pur n’existe pas sur Terre, il faut, pour l’obtenir, le séparer d’autres molécules : l’extraction. Selon le type d’opération pour l’extraire, l’hydrogène peut alors être gris, bleu ou vert. À chaque couleur son niveau de pollution.

L’hydrogène vert, également appelé hydrogène propre, est celui qui pollue le moins. Il est fabriqué à partir d’énergies renouvelables et non fossiles. Il serait à l’heure actuelle le seul combustible pouvant décarboniser l’économie.

Sa fabrication lui permet cette nomination lorsqu’il est fabriqué à partir d’eau et d’électricité issue d’énergies renouvelables. Si plusieurs recettes dites vertes sont possibles, la plus rependue est celle réalisée par l’électrolyse de l’eau. L’hydrogène est alors fabriqué à partir d’un courant issu de panneaux solaires et d’éoliennes.

Si la très grande majorité de l’hydrogène produit dans le monde aujourd’hui reste fabriquée à partir d’énergies fossiles avec l’utilisation d’hydrocarbures, l’hydrogène vert connaît un boom notable grâce à des investissements grandissants et des innovations prometteuses.

En France, le pionnier dont tout le monde s’inspire, c’est McPhy. En tête du SBF120, l’entreprise née dans la Drome est notamment soutenue par le plan d’investissement de 30 milliards d’euros annoncé par Emmanuel Macron (« France 2030 ») dans le cadre de son objectif de « réindustrialiser la France ». Ses applications sont donc déjà bien effectives et ses acteurs se bousculent. Citons également le Vendéen Lhyfe, et sa récente entrée en Bourse.

Si ses applications restent tout de même limitées, l’hydrogène propre est pourtant vu comme une solution d’avenir et un acteur clé de la transition énergétique. Nombreux sont les pays ayant déployé ces cinq dernières années des plans d’investissement à plusieurs milliards. C’est par exemple le cas de la France, du Royaume-Uni et de l’Australie.

Certains spécialistes annoncent une véritable “vague verte” et les stratégies et feuilles de route fleurissent ici et là pour le développer davantage.

Présenté comme un outil stratégique pour atteindre la neutralité climatique en 2050, l’hydrogène est déjà sur nos routes pour faire de l’ombre aux énergies fossiles. Constructeurs et fabricants investissent sur l’hydrogène pur depuis une petite dizaine d’année, à l’image de Mercedes, ALSTOM, Michelin… Voitures, trains, camions et bus à hydrogène roulent déjà sur nos routes grâce à des centrales embarquées qui remplacent les batteries, et un hydrogène transformé en électricité grâce à une pile à combustible.

Là où l’hydrogène vert peut véritablement faire avancer la lutte contre le changement climatique en décarbonant l’économie, c’est dans le secteur industriel avec des utilisations dans les cimenteries et les unités de raffinage, par exemple. Des secteurs particulièrement énergivores. Il en est de même avec les transports lourds.

En 2020, le constructeur aéronautique européen Airbus a annoncé trois concepts aussi révolutionnaires que prometteurs n’émettant aucune émission grâce à l’hydrogène vert. On parle d’une mise en service des avions à zéro émissions grâce à l’hydrogène en 2035. Un challenge qui semble tout de même difficile à atteindre quand on connaît les limites de l’hydrogène. Car si la construction d’avion volant grâce à l’hydrogène propre est déjà accessible, en pratique, c’est un peu plus compliqué…

Selon France 24, il faudrait couvrir un terrain de 5 000 Km2 d’éoliennes – soit 1 000 Km2 de panneaux photovoltaïques – pour alimenter l’aéroport Charles de Gaulle. Des chiffres qui peuvent faire peur.

Car il est couteux à produire et que l’électricité renouvelable reste chère, pour être rentable, l’hydrogène doit être produit en quantité colossale. Une telle production nécessite des électrolyseurs et piles à combustibles eux-aussi considérables. On peut alors citer McPhy et son projet de Gigafactory d’électrolyseurs alcalins à Belfort.

Mais à la prouesse de construction et de technologie -encore, il faut le dire, limitée à ce jour- s’ajoute une sensibilisation peut-être encore trop frêle. Pour les particuliers par exemple, une voiture à hydrogène coute en moyenne 100 000 €. Un prix difficile à accepter quand on connaît mal les avantages de l’hydrogène.

Au-delà de sa production, son stockage est également une problématique de taille. Par sa densité, l’hydrogène reste un gaz difficile à stocker. Petite et légère, la molécule se faufile facilement et nécessite des innovations jusque-là peu abouties pour un stockage à basse température mais à haute pression.

Enfin, un frein notable est le véritable pari sur le maillage nécessaire pour acheminer l’hydrogène jusqu’aux fabricants et consommateurs. Impossible de déployer l’hydrogène vert sans massifier un réseau de stations de recharge. Une problématique que seul le désir de voir l’hydrogène vert devenir réalité grâce à des investissements et une politique de sensibilisation pourra résoudre…